Trovicor

trovicorTrovicor est l’un des plus gros fournisseur de solutions légales d’interception dans le monde et prétend équiper plus de 100 pays. La société a été interrogée, notamment lors d’une audience au Parlement européen en 2010, sur son implication en Iran, au Bahreïn ou en Syrie notamment, où des journalistes et des net-citoyens sont régulièrement emprisonnés et torturés grâce à l’utilisation de technologies vendues par des sociétés occidentales.

Anciennement connue sous le nom de “Nokia Siemens Networks” (NSN, jusqu’en 2009) et “Division for Voice and Data Recording” au sein de Siemens AG. Détenue par Johann Preinsberger par l’intermédiaire de la société Ickehorn Asset Management.

  • Siège : Allemagne, Munich
  • Filiales connues : Suisse, Dubaï, Islamabad, Kuala Lumpur, Prague
  • Présence :
  • Nombre d’employés : environ 170
  • Site web : www.trovicor.com

Portfolio : Monitoring Centre, Lifecycle Management, Intelligence Platform

La société

Créée en 1993 sous le nom de Department for Voice and Data Recording, Trovicor est l’un des premiers fournisseurs au monde d’équipements de surveillance. Cette ancienne division opérationnelle de l’entreprise de technologie allemande Siemens fournit les autorités de plus d’une centaine de pays en centres de surveillance et en matériels d’interception. La société est rattachée en 2007 à une autre structure, Nokia Siemens Networks. En 2009, elle est cédée à une société de gestion [1]. Dénommée Trovicor, la nouvelle entité s’engage à reprendre les contrats de maintenance de Nokia Siemens Network. Elle est le sponsor principal du plus grand salon d’exposition au monde en matière d’équipements de surveillance et de censure, l’ISS World MEA 2013 (Intelligence Support Systems for Lawful Interception, Criminal Investigations and Intelligence Gathering) [2].

Dans une audition au Parlement européen, Barry French, un représentant de Nokia Siemens Networks, expliquait [3] que : “les centres de surveillance sont, de notre point de vue, plus inquiétants [que les équipements d’interception légale] et soulèvent des problèmes liés aux droits de l’homme que nous ne sommes pas en mesure de traiter. Notre compétence première n’est pas de travailler avec les organismes d’application de la loi, qui ne sont pas nos clients habituels. Ces organismes pourraient avoir des intérêts à étendre les fonctions des centres de surveillance au-delà des standards de l’interception légale.”

De nombreux éléments soutiennent la thèse d’une collaboration entre Trovicor et d’autres sociétés spécialisées dans les technologies de surveillance, qui fourniraient des solutions tels que des chevaux de Troie.

Les solutions clefs en main [de Trovicor] sont basées sur les systèmes innovants développés par la société et sont pensées pour intégrer les solutions tierces les plus performantes, fournissant ainsi une plate-forme flexible pour appréhender les criminels. [4]

Portfolio

Les centres de surveillance de Trovicor sont capables d’intercepter toutes les communications respectant les standards de l’European Telecommunications Standards Institute (ETSI), c’est-à-dire les appels téléphoniques, les envois de messages textuels, les appels en VoIP (comme Skype) ainsi que le trafic internet. L’espionnage de données stockées sur des disques durs n’est en revanche pas possible. Trovicor propose des solutions de traitement massif de grosses quantités de données grâce à une autre solution, Intelligent Platforms. La société met aussi à disposition un programme d’évaluation du réseau et de la structure Internet d’un pays, pour fournir des solutions de surveillance sur mesure ainsi que des formations adaptées aux autorités concernées (LifeCycle Management). Elle assure le cas échéant la maintenance du système et le développement d’options sur le matériel installé [5].

Implication au Bahreïn

Des médias [6] et des organisations de défense des droits de l’homme (lire la fiche pays Bahreïn) rapportent que des centres de surveillance ont été livrés au Bahreïn et ont conduit à l’emprisonnement et à la torture de journalistes et d’activistes. Des sources anonymes chez Trovicor (qui travaillaient précédemment pour Siemens) ont confirmé que des équipements y ont été livrés en 2006 par Siemens. La maintenance a été assurée par NSN puis par Trovicor.

Lors de séances de torture, des communications privées (SMS, e-mails, conversations téléphoniques) ont été présentées à des prisonniers tels qu’Abd al Ghani Khanjhar. Ces éléments ont manifestement été obtenus par le programme d’interception du pays.

Avec le European Centre for Constitutional and Human Rights, Privacy International, le Bahrain Centre for Human Rights et Bahrain Watch, Reporters sans frontières poursuit Trovicor auprès des instances allemandes de l’OCDE, pour qu’une enquête soit menée sur son rôle au Bahreïn.

Implication en Iran

En 2009, Nokia Siemens Network a livré des équipements d’interception de télécommunications aux autorités iraniennes. Lorsque la société a suspendu la vente de ses centres de surveillance, Trovicor a continué d’assurer la maintenance de ceux déjà implantés [7].

Nokia Siemens Network est toujours présente en Iran, où elle fournit une assistance aux réseaux de téléphonie mobile. La société a annoncé fin 2011 qu’elle mettait fin à ses activités sur le territoire de la République islamique [8].

Autres terrains d’implication

Des rapports fournis par des médias ont dénoncé la livraison, en 2000 et en 2008 [9], par Trovicor, de centres de surveillance à destination de la Syrie.

Le Yémen est soupçonné d’avoir acheté des centres de surveillance à Trovicor. En 2010, la société a demandé une protection de sa marque dans le pays, ce qui montre que Trovicor a bien des inérêts au Yémen [10].

Trovicor a une filiale officielle à Kuala Lumpur, en Malaisie. En 2009, la société a demandé une protection de sa marque au sein de l’espace économique malaisien [11].

En Allemagne, Trovicor a fourni des équipements d’interception légale pour la police en Bavière [12].

Reporters sans frontières a contacté la société Trovicor le 8 janvier 2013, sans réponse à ce jour.