Amesys

Unknown-3Amesys, société française de sécurité informatique, a vendu son produit phare, le système EAGLE, à la Libye de Kadhafi. Cette technologie a été utilisée pour surveiller des journalistes et des militants des droits de l’homme. L’entreprise est poursuivie devant la justice française par la Fédération Internationale des Droits de l’Homme (FIDH) pour complicité de torture. Une instruction est en cours.

La société

Amesys est une société française créée en 1979 sous le nom de i2e. Elle est spécialisée dans les technologies de l’information. L’entreprise a changé de nom et est devenue “Amesys” en 2004. En 2010, elle a été rachetée par la société française d’informatique, Bull. En 2011, une ONG de défense des droits de l’homme, la FIDH, dépose plainte pour complicité de torture [1]. En 2013, Amesys cède son système EAGLE à une société tierce, Nexa Technologies. EAGLE est désormais développé et commercialisé par un groupe d’anciens employés d’Amesys, sous la direction de Stéphane Salies, ancien directeur de Bull [2].

Portfolio

Le système EAGLE permet aux agences gouvernementales de surveiller le trafic Internet et de stocker des données de connexion pour les mettre ultérieurement à disposition de la police ou des agences de renseignements.

D’après le manuel fourni par Amesys, “La technologie EAGLE développée par Amesys est pensée pour aider les autorités en charge de l’application de la loi et les organismes de renseignement à réduire le niveau de criminalité, se protéger d’une menace terroriste, et identifier toute atteinte potentielle à la sécurité de leur pays.” [3]

La solution EAGLE est composée d’un analyseur réseau, de plusieurs systèmes de stockage et de centres de surveillance destinés à l’analyse des données. Le logiciel permet la création de fiches individuelles, une pour chaque cible. Des exemplaires de ce type de fichage ont été découverts lorsque les rebelles libyens ont pénétré dans les locaux de la police secrète du régime Kadhafi.

Le système EAGLE se base sur la technologie de Deep Packet Inspection (technique d’analyse en profondeur du contenu circulant sur un réseau) et peut analyser tous les types d’activités liées au web. La documentation fournie par Amesys liste les différentes sortes d’activités en ligne pouvant ainsi être inspectées, parmi lesquelles on retrouve l’email (SMTP, POP, IMAP aussi bien que webmail), les services de VoIP, différents protocoles de messageries instantanées, les requêtes envoyées aux moteurs de recherche, et plus généralement l’ensemble du trafic web-http.

Implication en Libye

Les produits Amesys ont été repérés en Libye, où la société a passé un contrat avec la police secrète de Kadhafi. Lors d’une descente dans ses bureaux, des reporters du Wall Street Journal ont trouvé des manuels d’utilisation du système EAGLE, ainsi que des fichiers individuels concernant des citoyens libyens, frappés de son logo [4] [5]. Parmi les cibles espionnées par le régime se trouvait le journaliste libyen Khaled Mehiri. Le Wall Street Journal a démontré [6] que ses emails (dont ses échanges avec la chaîne Al-Jazeera) et ses publications sur Facebook ont été surveillés pendant des mois par des outils Amesys, pour finir imprimés et stockés. En janvier 2011, alors que le Printemps arabe culminait en Tunisie et que des troubles commençaient à apparaître en Libye, Khaled Mehiri fut convoqué par des agents du renseignement. Il subit des pressions visant à le dissuader de publier des déclarations de militants anti-Kadhafi. Sa surveillance se poursuivit après ces convocations. Par peur pour la sécurité de sa famille, le journaliste a dû se cacher pendant plusieurs mois, jusqu’à la fin des affrontements.

Le rôle joué par Amesys en Libye fait aujourd’hui l’objet une enquête de la justice française, suite à une plainte pour complicité de torture déposée par la Fédération Internationale des Droits de l’Homme (FIDH) au nom de cinq citoyens libyens espionnés par l’intermédiaire du système EAGLE [7].

“La Chambre de l’instruction est venue confirmer qu’il y avait matière à instruire dans cette affaire, malgré les obstacles posés par le Parquet de Paris [une première plainte déposée par l'association Sherpa avait été classée sans suite], visiblement réticent à permettre une enquête impartiale et indépendante dans cette affaire”, a déclaré Patrick Baudouin, avocat et président d’honneur de la FIDH.

En septembre 2011, Amesys a publié un communiqué en réaction aux informations parues dans plusieurs médias au sujet de ses activités en Libye [8].

Reporters sans frontières a contacté Amesys le 6 mars 2013, sans réponse à ce jour.